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David Bertrand

David Bertrand est né en 1979. Professeur de psychologie et d’arts martiaux, il donne cours en haute école et a fondé sa propre académie en Belgique. Depuis l’âge de quinze ans et avec un profond esprit d’ouverture, il a parcouru avec patience, détermination et persévérance tous les stades d’apprentissage et d’enseignement de nombreuses disciplines : kung fu, wing chun, savate, jeet kune do, kali-escrima, silat, sanda, muay thaï, jiu jitsu brésilien et enfin MMA. Aux quatre coins du monde, il a combattu, s’est entraîné et a suivi des stages avec certains des plus grands experts et combattants actuels. Il est notamment instructeur certifié par Dan Inosanto, l’héritier de l’enseignement et de l’art de Bruce Lee.

Trois questions à l’auteur

1. Un livre sur les arts martiaux… pourquoi pas plutôt un DVD ?

J’aime lire et j’aime écrire. Il existe déjà des centaines de DVD d’arts martiaux dans diverses disciplines. J’y ai pensé et j’ai le projet d’en réaliser un jour, mais je pense que le monde du livre est pauvre en arts martiaux, et le monde martial pauvre en littérature. Écrire un livre c’est venir combler un manque. Mon premier objectif était de prendre le temps d’écrire simplement pour expliquer aux gens ce que je faisais, les disciplines que je pratiquais, les voyages et les professeurs avec qui je m’entraînais car ils ne sont pas très connus du grand public. Le deuxième objectif était d’apporter des informations sur ce que sont les arts martiaux de manière générale et ce que cela apporte à un pratiquant dans sa vie. Mon but n’était pas de faire un manuel de techniques, mais bien un réel livre, entre le récit et l’essai. J’espère que cela débouchera par la suite sur un projet de DVD, soit un DVD technique sur le Jeet Kune Do (l’art de Bruce Lee) par exemple, mais pourquoi pas également un documentaire sur le livre. Je projette également de faire un livre plus technique et pédagogique sur les arts dans lesquels je suis spécialisé. Ce qui existe pour l’instant sur le marché n’est pas toujours de bonne qualité que ce soit au niveau martial ou au niveau réalisation. J’aime la vidéo autant que le livre, pour moi ce sont deux moyens de communication complémentaires.

 

2. Les arts martiaux ont parfois une image de sport plutôt violent et réservé aux hommes. Qu’en pensez-vous ?

Cette image correspond à une réalité depuis des centaines d’années, étant donné que dans toutes les sociétés ce sont essentiellement les hommes qui ont combattu. Historiquement le combat est donc quelque chose de plutôt masculin, y compris chez les animaux. Aujourd’hui les arts martiaux sont pratiqués en majorité par des hommes mais de plus en plus par des femmes, notamment pour le fitness ou la self-défense. Je pense que la société et les femmes ont des a priori sur les arts martiaux, et en même temps ce sont des disciplines qui fascinent et qui rencontrent de plus en plus de succès. Probablement que le milieu est parfois encore un peu sexiste, dans le sens où l’homme pense peut-être que l’entraînement physique ou le combat ne seraient pas faits pour les femmes. Le fait qu’il y ait 80 % d’hommes dans pas mal de clubs freine aussi les femmes qui pensent en retour que ce n’est pas pour elles. Le contact physique inhérent à la pratique peut parfois les rendre réticentes ; la peur de se blesser ou de prendre un coup également. Il existe des différences dans la psychologie masculine et féminine qui se répercutent dans la pratique des arts martiaux, comme dans d’autres domaines comme le choix d’études ou dans le monde du travail. Certaines professions sont davantage masculines, d’autres plus féminines. Pourtant les femmes ont réellement quelque chose à apporter dans le monde des arts martiaux. Il existe d’excellentes combattantes dans différents sports de combat, et des maîtres légendaire qui étaient des femmes, comme Yim Wing Chun, qui donna son nom à son style. Je le vois à mes cours, les femmes ont en général une approche plus technique et plus raffinée des arts martiaux, là où les hommes pratiquent davantage pour le côté physique et l’application. Les femmes contribuent également à casser cette image violente associée aux arts martiaux. Je pense pour ma part que les arts martiaux et les sports de combat conviennent à tout le monde mais que la pédagogie doit être adaptée au public que l’on veut toucher car chaque public pratique dans un objectif spécifique. Il existe actuellement des cours de boxe ou de self-défense féminines qui rencontrent un grand succès. Les femmes aiment faire attention à leur corps et se sentir en sécurité. Les arts martiaux peuvent leur apporter les deux. Au-delà de ça, les femmes et les hommes peuvent s’apporter beaucoup dans l’entraînement s’ils dépassent leurs appréhensions et leurs a priori sur l’autre.

3. Vous êtes aussi psychologue. En quoi cela a-t-il influencé votre approche des arts martiaux ?

La psychologie est un domaine d’études passionnant. Me former dans cette discipline m’a permis de mieux comprendre l’être humain dans sa dimension biologique, psychologique et sociale. J’ai reçu une formation intellectuelle riche et solide qui m’a permis au final de devenir un meilleur professionnel et, je crois, une meilleure personne. Mes études et ma pratique des arts martiaux se rejoignent donc sur ce point. Ma formation universitaire m’a également permis de développer mon ouverture d’esprit et mon humilité face au savoir, ainsi que la volonté de me perfectionner sans cesse, de chercher à comprendre les choses en profondeur, de trouver la cause de mon ignorance, comme le disait Bruce Lee. La psychologie m’aide à mieux comprendre les personnes que j’ai en face de moi et ce peu importe leur âge, leur personnalité, leur histoire, leur origine. Cela me permet d’être plus patient et plus empathique. Cela se répercute dans ma pratique ou mon enseignement car je suis tous les jours en contact avec des dizaines de personnes différentes et qui ont des profils et des besoins très variés. Je suis professeur dans deux domaines à priori très éloignés l’un de l’autre mais qui sont complémentaires et qui se rejoignent dans cette dimension d’enseignement. Je ne suis pas un psychologue clinicien, je ne pratique pas et ne consulte pas, mais je pense être un psychologue dans ma vie de tous les jours et dans mon enseignement, car j’essaie de penser au bien de l’autre, et je m’efforce d’aider les gens à travers ce que je fais, de leur apporter du positif. J’ai vu beaucoup de gens évoluer, se stabiliser, et se sentir mieux grâce aux arts martiaux, qui sont probablement pour beaucoup une forme de thérapie. Un de mes élèves me l’a dit un jour : « Les entraînements me rendent plus serein, alors plutôt que d’aller chez le psy, je préfère faire des arts martiaux ».